Lince, galgo de mon coeur par Marie

 

Lince mon amour,  

 

Tu étais l’élégance, la finesse et la beauté, qu’aucun papier n’aurait pu enrichir. On peut rappeler que tu n’étais qu’un galgo rescue, mais tu aurais décroché le titre initial haut la main.

Et que sont des papiers écrits de la main de l’homme alors que dans tes veines coulaient le sang pur du vrai galgo español ?

 

 

                                                                                                                                          

 

 

 

Et pourtant, Dieu sait que je ne t’ai pas choisi pour ton physique.

La première photo que j’ai vue de toi, tu m’as fait penser à « Petit Papa Noël », lévrier d’une famille bien connue aux visages étrangement jaunes. Ton regard perdu et triste, tes grandes oreilles, ce museau…

Mon oeil novice en matière de lévriers, plus habitué aux bons gros poilus que sont Yanou et Billy, Bouvier bernois et Berger australien de leur état, ne te trouvait pas très beau, et ma préférence allait aux autres galgos, moins typés, plus faciles pour mon regard nouveau sur ce monde qui allait s’ouvrir à moi. Celui des fils du vent.

Seulement voilà je ne voulais pas adopter un « beau chien » mais recueillir le malheureux des malheureux. À vrai dire, je ne pensais même pas adopter tout de suite, seulement aider bénévolement une association.

Tous les jours je regardais vos photos, lequel je choisirais « si j’habitais mon propre chez moi ? » était mon jeu quotidien. J’éliminais les femelles.

Ensuite, parmi les mâles, je ne gardais que les OK CHATS OK CHIENS, et les soumis. Tu faisais partie du lot, et sur ta photo je m’exclamais toujours « petit maigrichon au regard perdu, quelle drôle de tête »…

Un jour, nous recevons un e-mail reprenant les galgos qu’il nous faut placer en priorité : ils attendent depuis plusieurs mois dans leur famille d’accueil. Tu étais à l’abri mon Lince chéri dans ta FA, mais moi je ne voyais que le mot « URGENT » et vos noms, et ton nom … Lince …

« ha, Lince, toi qui aime les chats, qui est craintif mais aime les autres chiens, sociable et soumis à tous, mâles et femelles, tu serais parfaitement intégré dans notre petite famille, si seulement je pouvais adopter maintenant.. . »

Un jour, je parle de toi à maman, « dans la liste des urgences, il y a un petit galgo maigrichon, il n’est pas très beau, mais il serait parfait pour notre meute… j’espère qu’il sera vite adopté »

Contre toute attente, elle me répond après plusieurs secondes « adopte-le ». Je n’y croyais pas, je n’avais rien demandé, pensant que ça serait peine perdue, il lui a fallu me le répéter plusieurs fois… mais non je ne rêvais pas, elle me permettait de t’adopter.

Ca y est à cet instant, tu étais déjà mon galgo, j’ai introduit une demande, la responsable m’a téléphoné longuement, j’ai appelé la FA, elle m’a envoyé de nouvelles photos, petit maigrichon aux oreilles bizarres, tu étais déjà parfait pour moi, je t’aimais déjà…

Quand Cécile m’a annoncé que ma demande d’adoption était acceptée, j’ai ressenti une joie immense. Tous les jours j’allais voir ta photo sur le site, et tant que la mention « adopté » n’était pas ajoutée, j’avais peur, peur que finalement tu ne me sois pas accordé.

Je prenais de tes nouvelles tous les jours, j’ai été angoissée lorsque tu t’es fait opérer, mais tout s’est bien passé, et 3 semaines plus tard, nous avons pu partir te chercher… direction TOULOUSE. Que le voyage m’a semblé long !

Mais alors, je t’ai vu, fuyant, méfiant dans le jardin, et j’ai su, su que je t’aimais de toutes mes forces, de tout mon être, …

Bon, il m’a fallu plus d’une heure pour t’attraper. Et « attraper » n’est pas le mot, non, Lince, toi il fallait t’apprivoiser, et c’est toi qui as finalement décidé de t’avancer vers moi calmement, princier, et de présenter ton cou à mes caresses. Comme tu étais doux en dépit de ton poil était terne, et bourré de pellicules, et tu étais si petit, si maigrichon.

C’est tout résolu que tu t’es laissé passer ton harnais, ta laisse et que tu m’as suivi, il a fallu te porter pour te mettre dans la voiture, tu boitais encore à cette époque-là, mais tu m’as laissé t’encercler de mes bras, tu m’as laissé te porter, très sagement.

Tout le trajet du retour, tu as dormi tout contre moi, résolu, acceptant ce destin qui ne t’avait jusqu’alors pas épargné, tu semblais ne plus rien attendre de la vie.

Mais alors a commencé pour nous une traversée, il m’a fallu revoir mes façons de faire, mon autorité, celle que j’employais

avec mes poilus.

Avec toi, pas question d’élever la voix, avec toi pas question de te regarder fixement si on voulait t’approcher. Si tu étais couché, il fallait t’approcher de côté, l’air de rien. Une fois assise à tes côtés tu étais rassuré, et tu acceptais les câlins.

Si tu étais debout par contre là, une seule solution, c’était à toi de venir, et ça pouvait être long.

Pas grave, j’attendais, je le faisais pour toi. Ça n’a jamais été une corvée.

Au fil des semaines, des mois, tu as vaincu la tristesse, tu as vaincu tes peurs… bien sur pas en un coup de baguette magique, ce fut long à y repenser, plusieurs mois pour montrer de la joie

… et d’autres mois encore pour effacer les quelques restes de méfiance qui persistaient, de ci de là… mais nous, mon amour, nous, nous n’avons formé qu’un depuis ce départ de Toulouse.

Dans tes yeux, je lisais la volonté de me faire confiance, parfois tu avais du mal à franchir le cap, à te laisser aller, mais j’attendais, patiemment et tu finissais toujours par venir à moi.

Au début, alors entourée uniquement de personnes ne connaissant pas de lévrier, ou d’adoptants rescue et autres, tout le monde te trouvait si maigre, si petit, trop fin…

Trop fin ! Comment un galgo español pouvait-il être trop fin ?! Mais moi petite novice à l’époque je les croyais ces donneurs de leçons sans cervelle, et je le croyais, « oui Lince est loin d’être parfait, mais c’est mon petit galgo et je l’aime comme il est ».

Ce n’est qu’après que, grâce à toi, j’ai pu découvrir « la communauté lévriers » et ses merveilles, et toutes ces personnes merveilleuses… seuls des personnes de valeur peuvent posséder les êtres nobles que sont les lévriers, et m’apporter ainsi, leurs connaissances, leur sagesse, oui quel monde fabuleux que celui des lévriers !

Je me souviens de la première personne à s’être exclamée sur ta beauté. C’était Eve. Nous nous rencontrions pour la première fois en juillet 2008, elle t’a vu et elle a dit « ho, il est magnifique, ho oui, il est superbe et fin, c’est très rare chez les rescues ».

Moi j’étais étonnée, c’est bien la première fois qu’on te trouvait si beau mon amour, mais c’était aussi la première fois que nous rencontrions une personne qui s’y connaissait en lévriers, et non limitée aux rescues.

Je me suis inscrite sur un forum spécialisé, et de pages en pages, de sites en sites, que j’ai dévoré, de lectures en lectures, je comprenais que non, tu n’étais pas trop maigre, non tes oreilles n’étaient pas trop grandes ni ton museau trop fin, ni tes yeux trop petits. Tu étais parfait, simplement parfait.

Je ne dirais pas que je t’ai aimé encore plus, car je t’aimais déjà infiniment, mais j’étais fière, ça oui, très fière de toi.

Trop fière.

En septembre nous sommes allés à un entrainement PVL à Houyet, et d’autres personnes se sont exclamés sur ta beauté, l’une d’elle me demandant même de quel élevage tu provenais… haaa !

Quel pied de nez à tous ces éleveurs que les rescues dérangent, un petit bâtard sans papier, beau comme ça ! Ça en chiffonne quelques uns… heureusement pas tous, heureusement dans le milieu du galgo je me rends compte que les vrais amoureux sont plus nombreux que les aigris, et que tu pouvais être apprécié à ta juste valeur, même sans papier, même issu de ce « vicieux commerce rescue » (sic).

Tu étais reconnu à ta juste valeur, Celle d’un vrai galgo español et non d’un « voiture de seconde main » comme on a osé vous qualifier toi et tes frères d’infortune.

Du véritable galgo español tu n’avais pas que le physique, mais tu en avais également l’âme.

C’était « toi et moi » contre le reste du monde. Ça ne t’empêchait pas quelques démonstrations de sympathie pour les personnes que tu connaissais, car tu avais bonne mémoire et à la deuxième rencontre tu te montrais déjà moins farouche… du moins avec les personnes qui te méritaient, celles qui ont un coeur, celle qui ont de l’amour dans les yeux.

Les autres tu les évitais de façon princière. Un petit pas sur le côté, un petit saut en arrière… majestueux, tu refusais la main de l’impétueux.

Celui-ci s’exclamait alors bêtement et sans jugeote, se croyant investi de la science infuse « rhooo pauvre petit, il est craintif ça se voit !» Je me devais de rétablir la vérité et te rendre ta noblesse : « non, il est simplement trop fier pour accepter la main du premier quidam venu, pourquoi devrait-il se laisser tripoter par n’importe qui ? »

Et oui mon amour, tu étais légèrement « pétasse » sur les bords, mais je ne t’aimais que bien plus pour cela.

Tu apprenais rapidement et tu étais docile, et notre confiance mutuelle me permettait de te laisser courir en liberté tous les jours, comme tout fils du vent devrait y avoir droit.

Tu étais ma fierté, quand aux promenades rescues tu restais librement à mes côtés, et que les autres propriétaires gardaient précieusement leur rescapé au bout d’une laisse, courte ou à rallonge pour un semblant de liberté, un collier, ou un harnais, ou même les deux, sait-on jamais ce qui leur passerait par la tête à ces pauvres galgos « dressés à chasser » haha.

Quel bonheur de susciter l’étonnement, l’admiration, ce fier galgo marchant en cadence à mes côtés. Ce qui ne t’a pas empêché de faire ton tétu quelques fois.

Ainsi quelques fois lorsque le moment de te rattacher venait, tu semblais vouloir me dire que tu n’avais pas besoin de ça : tu restais alors impeccablement à mes pieds, mais si j’avançais la main pour t’attacher, tu esquivais, tu me disais « mais regarde, je suis là, je ne m’éloigne pas, je t’écoute, pourquoi devrais-je être attaché ? » mais la sécurité avant tout pour moi, et la gourmandise avant tout pour toi, un biscuit finissait par nous mettre d’accord et tu te laisser lier.

Quel bonheur de citer le standard que je connaissais bien maintenant, pour démontrer aux bienheureux que non, tu n’étais pas maigre, non tu n’es pas petit, non tes oreilles ne sont pas bizarres, après tout tu n’es pas greyhound, mais galgo, et fier de l’être !

Que de suspicions à mon égard à la vue de tes 3 dernières côtes apparentes « ne serait-il pas un peu trop maigre ? » toi qui avait nourriture à volonté, ces mêmes personnes qui prônent la maigreur chez les femmes, alors que notre morphologie naturelle tend aux rondeurs de la maternité, la générosité et la douceur, voudraient qu’un lévrier, galgo español de surcroît soit enrobé ?

De qui se moque-t-on ? Quel monde de fous nous bravions tous deux, ensemble, toi et moi…

Lince, galgo español, tu étais aussi la douceur et la tendresse, jamais une sieste n’aura été plus agréable qu’à tes côtés, tu amenais la douceur, le confort, la chaleur idéale.

L’accès aux canapés aura été ta plus grande victoire au sein de la maisonnée.

Notre passé « non-lévrier » et nos principes d’éducation canine voulaient : pas de canapé, pas d’accès aux chambres. Les deux poilus respectent ces règles sans broncher. Toi, tu avais droit à ton super panier rembourré, agrémenté de deux coussins et d’un plaid en polaire…

Mais tu voulais plus, les divans bien sûr ! Et c’est ainsi que tu livras bataille pendant 6 mois. Une patte par-ci, une fesse par-là, le matin, tu replongeais en sursaut dans ton panier, et nous étions censés croire que le canapé froissé et encore chaud était l’oeuvre du saint-esprit.

Puis un soir, tu t’es glissé, si doucement, si tendrement à nos côtés, nous n’avons rien remarqué ! Et tu t’es endormi bien et heureux !

Lorsque nous nous sommes « éveillés », nous n’avons pas pu te réveiller, toi, car tu étais si bien…

ainsi tu as réussi à casser une règle fondamentale de notre maison, mais quel plaisir d’être lové devant la télé à tes côtés !

Au fil des mois ton regard n’était qu’amour lorsque tu levais les yeux vers moi,

J’aimais m’y plonger, et ne plus le quitter, tu aimais poser ta tête dans ma nuque et j’aimais sentir ton souffle dans mes cheveux, entendre tes soupirs heureux et satisfaits. Ensuite tu te tournais sur le flanc et tu posais alors ta tête sur mes genoux, et profondément endormi, tu semblais emporté par un sommeil angélique, tel un nourrisson que rien ne peut troubler.

D’une gentillesse remarquable, tu as docilement accepté chaque nouveau venu dans la meute, et chaque chien de passage, en les accueillant dans tes jeux, sur ton divan, autour de ta gamelle.

Tu posais sur eux un regard bienveillant, sachant qu’aucun ne pourra jamais briser notre union, qu’aucun ne pouvait te faire d’ombre, et tu acceptais sans broncher ces âmes encore perdues revenues d’Espagne avant qu’elles ne gagnent leur propre foyer… leur disais-tu : « n’ayez plus peur, ayez confiance » car ces quelques petits de passage chez nous, même pour deux jours, se sentaient immédiatement si bien dans cette meute sereine…

D’une intelligence remarquable, tu savais immédiatement à qui tu avais à faire, ainsi certaines personnes se sont vues immédiatement accueillies, d’autres repoussées, grognées. Tu étais également rancunier, pour exemple cette dame qui avait osé s’énerver sur toi, Beau Lince, parce que tu t’étais permis d’aboyer joyeusement à la vue de ta copine Alicia, juste devant sa porte, à 8h00 du matin… comment a-t-elle osé ?!

Depuis ce jour à chaque promenade, tu trépignais d’impatience à la vue de la maison abritant la mégère et irrémédiablement, lors de chacun de nos passages devant sa fenêtre, tu poussais un unique aboiement, fier et moqueur, pour repartir plus léger, le pas frétillant, la queue balançant joyeusement.

On ne s’attaque pas à Sir Lince, sachez le bien…

Oui mon amour, quelle chance j’ai eu de te rencontrer, quelle chance j’ai eu de tomber sur toi parmi tant,

Tu m’as appris tant de choses : la patience, la ténacité, l’art de la négociation, apprécier les petites victoires de la vie, tu m’as ouvert les portes d’un monde extraordinaire, parallèle au commun des mortel, celui des lévriers et de leurs bipèdes, tu m’as fait découvrir le galgo español, race noble et si paisible, avec sa part de mystère et de poésie, et par ton départ soudain, tu m’auras également donné une douloureuse et ultime leçon de vie, celle de profiter de chaque instant, de chaque rayon de soleil, de chaque sourire, de la présence et de l’affection de chaque proche et de chaque être cher, chaque jour qui nous est accordé, sans remettre au lendemain ces courts instants de bonheur, car personne ne sait de quoi demain sera fait, et demain, il sera peut-être trop tard.

Comme je suis heureuse d’avoir su profiter de ta compagnie chaque fois qu’il me l’était possible, comme je suis heureuse d’avoir séché des cours pour rentrer m’occuper de toi, comme je suis heureuse d’avoir refusé diners, soirées, sorties pour être à tes côtés, comme je suis heureuse d’avoir pris le temps de profiter des ces instants précieux…

comme j’aimerais pouvoir le faire encore, mais la vie est ainsi faite, on n’a pas toujours ce que l’on veut…

Oui, Lince, tu étais et tu resteras tout cela : beau, fier, gentil, docile, tendre, joueur, calme et obéissant, intelligent et réfléchi,

tu étais et restera galgo, de la famille des sangs purs d’Espagne, à jamais, le merveilleux, le magnifique,

l’énigmatique Lince, galgo de mon coeur.

Marie

 

 

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